Ma petite histoire de l’informatisation des bibliothèques – Episode 2

Fendre les flots, battre la campagne : catalogues, portails et bibliothèques en ligne : l’air du large et les grands espaces

 Révolutions informatiques et naissance de l’internet

Nous voici donc en 1992. Un moment de calme dans la tempête informatique qui s’est emparé des bibliothèques depuis quinze ans ? Pas vraiment, parce que les évolutions techniques se poursuivent à marche forcée… Les « mini-ordinateurs » qui ont fait leur apparition depuis quelques années sont en train de s’imposer, n’obligeant plus à travailler sur des monstres IBM ou sur des machines propriétaires. Les systèmes d’exploitation standards et les SGBD-R normalisés émergent, dont Unix et Pick, qui sera tellement utilisé par les SIGB. Le modèle client-serveur avec client lourd, devient la règle. Les PC tendent à remplacer progressivement les terminaux sans intelligence. …

Mais là n’est pas l’essentiel, même si à l’époque, les bibliothèques ont été le théâtre de véritables guerres de religions informatiques, entre partisans des systèmes sur mainframe, sur miniordinateurs d’ancienne génération, PDP11 de DEC par exemple, miniordinateurs propriétaires comme la série des Geac 8000 et 9000, miniordinateurs très puissants, acceptant des OS variés (machines RISC) et même émergence de systèmes sur PC, les futurs gagnants, que, disons-le, à l’époque, personne ne considérait comme une solution réaliste pour l’avenir…

Non, l’essentiel c’est ce machin, ce protocole de communication, qui à l’époque où nous nous perdons en conjectures sur les sept couches du modèle de communication de l’ISO, vient tranquillement faire exploser le monde de l’informatique… Un truc inventé au CERN, repris par l’armée américaine, Arpanet. Petite invention deviendra grande, puisque comme vous le savez Arpanet, son langage spécifique et ses modes de connexion maillés deviendront l’internet, le HTML et le protocole HTTP, ouvert au public en 1992. C’est évidemment au même moment que montent en puissance les réseaux de données et que les pauvres 1 200 bauds descendants (75 bauds montants !!!) du Minitel vont peu à peu s’accroître pour atteindre aujourd’hui avec les réseaux en fibre optique des débits qui approchent le térabit par seconde. Bien entendu on ne parlerait pas d’internet et encore moins de la diffusion en ligne de données audiovisuelles sans cette révolution technologique des réseaux.

Peu à peu, les bibliothécaires vont prendre conscience de l’aspect absolument stratégique d’internet pour l’avenir des bibliothèques et médiathèques. Ils vont donc, en particulier aux Etats-Unis, commencer à manipuler les logiciels permettant d’être présent sur internet. Deux types d’outils seront dès lors à leur disposition.

Le CMS et le moteur de recherche

  1.  Le CMS (Content Management System), en français « système de gestion de contenu », famille de logiciels destinés à la conception et à la mise à jour dynamique de sites Web et partageant les fonctionnalités suivantes :
  • plusieurs individus peuvent travailler sur un même document ;
  • ils fournissent une chaîne de publication (workflow) offrant par exemple la possibilité de mettre en ligne le contenu des documents ;
  • on peut séparer les opérations de gestion de la forme et du contenu ;
  • ils permettent de structurer le contenu (utilisation de FAQ, de documents, de blogs, de forums de discussion, etc.) ;
  • On peut hiérarchiser les utilisateurs et de leur attribuer des rôles et des permissions (utilisateur anonyme, administrateur, contributeur, etc.) ;

Ils permettent donc d’éditer et de publier de manière attrayante et illustrée tout type de texte et d’information.

2.  Le moteur de recherche sur internet, dont le plus fréquemment utilisé aujourd’hui par les fournisseurs de portails et les bibliothèques est Solr, s’appuyant sur la bibliothèque de recherche Lucene.

C’est en effet la conjonction de ces deux éléments qui va permettre aux bibliothèques de se libérer progressivement depuis 1992 de la contrainte de l’OPAC. Ce dernier, nous l’avons vu dans l’épisode précédent, n’est que l’interface publique du module de catalogage en format MARC inséré dans le SIGB et sa structuration professionnelle. Il est donc limité, tant dans sa capacité à manipuler les données bibliographiques qui restent structurées en MARC, dont on connaît les limites ergonomiques…que dans ses possibilités d’offrir des écrans d’information ergonomiques. Le CMS et le moteur de recherche sur internet vont changer tout cela.

(Petite) Musique française

Comme souvent dans le domaine des technologies pour les bibliothèques publiques, c’est aux Etats-Unis que la mayonnaise va prendre ! Les bibliothécaires américains, rompus à l’informatique et aux nouvelles technologies vont s’emparer de ces outils pour « bricoler », puis construire de manière de plus en plus professionnelle des sites internet pour leurs bibliothèques qui prendront bientôt le nom de portails. Les premiers portails dignes de ce nom seront visibles dès le milieu des années 1990 dans les grandes bibliothèques américaines en particulier Queens et Brooklyn, San Francisco et Boston.

En Europe, les pays dans lesquels la culture informatique des bibliothécaires ressemble à celle des Etats-Unis suivront une route similaire, comme en Grande-Bretagne. Mais ils sont peu nombreux. Les autres vont rester étrangement et longtemps à l’écart de cette évolution et certains grands pays de bibliothèques comme l’Allemagne par exemple sont encore à l’ère de l’OPAC amélioré et n’ont pas franchi le pas décisif du portail.

Pourtant un pays va connaître un développement remarquable dans le domaine, c’est la France. Cette particularité est due, paradoxalement, à la formation et aux savoir-faire relativement sommaires des bibliothécaires français en matière informatique en comparaison de leurs collègues américains au début des années 1990. Pourtant ces bibliothécaires, probablement pour des raisons de formation esthétique et du fait de la nécessité de donner la plus grande visibilité possible à leurs établissements en pleine modernisation depuis le début des années 1980, ont compris tout l’intérêt du portail et tous les avantages que leur bibliothèque pourrait en tirer.

C’est dans ce contexte qu’aux deux extrémités du spectre des entreprises, une petite société naissante constituée par des jeunes gens pleins d’initiative, Archimed, et une grande entreprise de services technologiques aux collectivités, l’EI, ont eu l’idée de construire pour ces bibliothécaires qui ne pouvaient le faire eux-mêmes mais qui en avaient très envie, des portails prêts à l’emploi.

Ermès, le portail d’Archimed et, un peu plus tard, Mediaview, celui de l’EI qui deviendra bientôt INEO, vont défricher le terrain et permettre aux bibliothèques publiques de s’équiper d’interfaces publiques de plus en plus conviviales et riches, alliant CMS libre ou propriétaire, moteur de recherche indépendant du SIGB et, première forme d’accès à des bases numériques grand public, réseau de CD-ROM. À propos de ce dernier élément, disons-le, ce n’était qu’un pis-aller, qui a certes rendu de grands services, mais dont la complexité et la fragilité de fonctionnement ont rendu fou plus d’un bibliothécaire et d’un informaticien !

La médiathèque de Valenciennes sera la pionnière de ce grand chambardement.

Ces portails, d’abord installés comme des interfaces publiques à l’intérieur des bibliothèques, vont très vite s’en évader grâce au renforcement du débit des réseaux publics. C’est au début des années 2000, du fait de l’offre de réseau, mais aussi de l’arrivée sur le marché documentaire des bases de données destinées au grand public et disponibles sur Internet, que le portail prendra son essor.

Cette situation fait qu’aujourd’hui, à côté des portails américains très sophistiqués et « sur mesure », les bibliothèques publiques françaises sont celles qui ont les portails les plus avancés et les plus complets.

Les portails des deux acteurs cités vont équiper de nombreuses bibliothèques, installés sur tous les SIGB disponibles, jusqu’à ce que les éditeurs de SIGB se mettent eux-mêmes en mouvement et conçoivent leurs propres outils. De cette autonomie initiale des portails par rapport aux SIGB, il reste aujourd’hui, en France, la possibilité unique d’installer le portail de son choix sur le SIGB de son choix (sauf pour les éditeurs qui en ont décidé autrement) et donc une très grande liberté des bibliothèques, qui peuvent choisir, dans un domaine comme dans l’autre, le logiciel qui leur convient le mieux, et découpler ainsi le rythme de renouvellement des éléments de leur système en choisissant toujours l’élément qu’ils considèrent comme le meilleur, sans être tenus par la marque de l’autre élément.

Aujourd’hui, le portail a pris une telle ampleur que je préfère l’appeler « bibliothèque en ligne ». C’est un outil qui permet en effet de faire fonctionner une deuxième bibliothèque, avec toutes ses prérogatives, y compris le prêt de documents électroniques, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept. Il est devenu le moteur du développement numérique des médiathèques et c’est sa qualité qui peut faire le succès et la renommée d’un établissement.

Tous les éditeurs, Archimed, AFI/Koha, Decalog, C3rb, Infor, BiblioMondo, et d’autres, sans oublier bien sûr Axiell Arena et ses milliers de clients scandinaves et anglais, sont en concurrence pour vous proposer leur meilleure offre. Comme pour les SIGB, tous ne se valent pas. Aux bibliothécaires de découvrir quelle combinaison SIGB/Bibliothèque en ligne sera la plus satisfaisante pour réaliser leurs projets.

Portail en majesté

En tout cas, un portail doit, en 2016, proposer avec l’intégration la plus grande, l’ergonomie la plus réussie et la souplesse la plus totale, un éventail de fonctionnalités et de capacités informatiques qui en feront la réussite.

  • Des API et des services web permettant son interconnexion à tout SIGB,
  • Des pages d’information et un outil de gestion de contenus (CMS),
  • Un métacatalogue offrant une recherche fédérée et des interfaces de qualité,
  • Des services personnalisés et collaboratifs,
  • Des moyens statistiques,
  • Une bibliothèque numérique.

Cet outil polymorphe et adaptable à tous les publics est devenu depuis le milieu des années 2000 le passeport de la bibliothèque pour le succès. Associé au SIGB il forme désormais une suite logicielle satisfaisant les besoins des professionnels ET ceux du public. L’évolution du métier de bibliothécaire des fonctions techniques de « back-office » vers les fonctions de médiation donne désormais au portail-bibliothèque en ligne le rôle principal dans le système d’information de la bibliothèque publique.

A SUIVRE !

jean-pierre.sakoun@axiell.com

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